copyright
& copyleft

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Malgré la généralisation des pratiques d'appropriations à notre époque, celles-ci continuent tout de même de poser problème aux yeux des lois, qui ne distinguent pas toujours l'emprunt de la contrefaçon (et il est aussi vrai qu'il peut parfois être difficile).
Pour exemple les récentes polémiques placées au même niveau entre un Michel Houellebecq truffant volontairement son livre d'emprunts à Wikipédia (un collage littéraire suivant la logique de l'écrivain), et un PPDA (ou plutôt son nègre) qui plagie un livre portant
sur le même sujet que lui, jusque dans sa structure, tout en étant un des seuls non mentionné dans sa longue bibliographie.1

On peut justement évoquer l'artiste Stéphanie Vilayphiou (qui fait partie du duo < stdin >),
« qui s'intéresse notamment aux questions relatives au partage des savoirs, parmi lesquelles son accessibilité sociale et les alternatives au copyright.
Pour son projet La carte ou le territoire, elle prend comme exemple le livre de Michel Houellebecq, La carte et le territoire, notoirement connu pour ses nombreuses citations prises dans Wikipédia, sans reconnaissance de l'auteur ou de l'éditeur. Dans ce projet, elle a passé le texte numérisé du roman à travers un filtre logiciel, conçu par elle, pour traquer chaque phrase ou partie de phrase dans Google Books, afin d'en retrouver les occurrences dans d'autres livres. Visuellement, le livre se transforme ainsi en un collage numérique de citations (dont le contexte est maintenu en fond), et perd sa dernière
part d'originalité. »2

Pour continuer sur des questions de lois, on peut notamment prendre l'exemple de
la pratique du sampling, qui a connu beaucoup de déboires et de problèmes liés aux législations du droit d'auteur, et dont les démêlés avec la justice sont courants.
Dès que les samples reconnaissables furent utilisés dans des morceaux commercialisés, les producteurs furent victime de poursuites, et ce quasiment toujours de la part de majors ou stars du showbiz pourtant déjà richissimes (Mickael Jackson a par exemple enchaîné ce genres de procès, d'autant plus qu'il était le propriétaire et ayant droit de nombreux catalogues de groupes majeurs).
Les accusations portent en général sur l'atteinte aux droits d'auteurs mais peuvent aussi aller jusqu'à l'inculpation pour « crime de vol » (ce fut le cas pour un album de Biz Markie). Quant aux punitions, elles sont en général d'ordre financier, que ce soit par un dédommagement ou une part des redevances (qu'on à déjà vu être fixées à 100%).
La justice est parfois allé jusqu'à retirer des albums des bacs voire les détruire complétement. En 1989, l'album Plunderphonics de John Oswald, qui était une œuvre artistique gratuite et libre de droit et qui samplait des milliers d'échantillons de pop,
en fit les frais. Mickael Jackson (qui avait pourtant déjà lui aussi pratiqué le sample
sans autorisations) et la CBS poursuivirent Oswald en justice et obtinrent la destruction du disque. Progressivement, les maisons de disques exigèrent que les samples soient déclarés (ce qu'on nomme le clearing), ici encore impliquant une rétribution financière (honoraires payés d'avances), ce qui leur assure une source de revenus intéressante
et défavorise les petits artistes et labels.
Les stars avides de gains attaquant des musiciens indépendants les ayant samplés (parfois dans une notion d'hommage) devrait alors réfléchir aux paroles de ce même
John Oswald : « Si vous samplez, créditez. Et si vous avez été samplé, dites-vous
que c'est un honneur. »3

Face à l'émergence de telles pratiques d'appropriations, certains se demandèrent alors
si des principes comme le copyright étaient encore valables et légitimes.
« La citation est référence, fidélité. Citer est un droit. Mais citer peut devenir une étape sur le chemin de l'appropriation, que la loi a essayé de cadrer en fixant des limites ; celles-ci apparaissent aujourd'hui obsolètes face au développement de la technologie et aux modes de consommation culturelle qu'il induit. »4
Dès lors, beaucoup de créateurs (que ce soit en art, en musique, en littérature,
en informatique…) se sont mis à ce questionner sur ses notions de droits d'auteur.
« La question posée par de nombreux artistes contemporains et celle d'abolir les limites du droit de citation, au nom du droit artistique au plagiat. Ce qui différencierait alors le
plagiarisme artistique de la contrefaçon mercantile serait la transformation de l'œuvre d'origine versus sa simple reproduction. »4

On a ainsi vu des systèmes et des mouvements se développer pour lutter contre les principes de copyright. Le plus notoire de ceux-ci est le copyleft. Cela consiste en « l'autorisation donnée par l'auteur d'un travail soumis au droit d'auteur (œuvre d'art, texte, programme informatique ou autre) d'utiliser, d'étudier, de modifier et de copier son œuvre, dans la mesure où cette autorisation reste préservée. »5
Ce principe s'est développé au milieu des années 1980 dans les milieux informatiques, pour les programmes, notamment par le biais de Richard Stallman (fondateur de GNU).
Il s'est ensuite étendu aux domaines culturels et artistiques.6
« Le copyleft est une application des principes des logiciels libres au monde de l'art.
Le code source de son programme étant ouvert, accessible à tous, chacun peut utiliser, améliorer ou détourner à son gré un logiciel libre. De la même façon, la mise d'une création sous copyleft permet au spectateur de se muer en acteur. S'il veille à respecter quelques règles, comme la mention explicite de l'artiste et de l'œuvre d'origine, il a toute licence pour la remixer, la piquer, la picorer, la détourner, l'étirer, la tordre, la distordre,
la citer, la voler, la digérer, la vomir ou encore la laisser divaguer. »7
Ces procédés peuvent aussi sembler être directement hérités des pratiques de l'Internationale Situationniste qui, dans les années 1960, ouvrait chaque numéro de sa revue par : « tous les textes publiés dans Internationale Situationniste peuvent être librement reproduits, traduits ou adaptés, même sans indication d'origine ».
Dans les milieux musicaux, c'est notamment John Oswald qui est à l'origine du copyleft, toujours avec son album Plunderphonics qui était distribué gratuitement aux radios, pouvait être copiés autant de fois que voulu, mais ne pouvait pas être vendu.
Tout un courant de musiciens ont ensuite suivis ce mouvement de luttes contre les droits d'auteur, comme Negativland, Tape-Beatles ou encore Doug Kahn.

On peut également évoquer Bill Drummond et Jimi Cauty, qui, sous divers noms, constituent deux des plus grands protagonistes de la lutte contre le copyright, n'ayant cessés de se moquer des lois, de prôner le sampling et de provoquer l'industrie du disque tout au long de leurs carrières. En 1987, Abba obtient la destruction de tous les exemplaires d'un album de leur groupe Justified Ancient of Mumu. Ils se sabordent le jour de cet « autodafé » pour réapparaître le lendemain sous une nouvelle identité (Timelords) et publient Le Manuel du sample. Ils forment ensuite KLF et continuent à piller, et lançant même, lors de concerts, du matériel qui ne leur appartient pas au public, comme pour encouragez les spectateurs à devenir eux-mêmes des acteurs plus que de simples consommateurs. Drummond et Cauty réapparaissent ensuite en 1993 sous le nom K-Foundation, organisant devant les caméras un autodafé où ils brûlent un million
de livres sterling, résultat financier de leur carrière musicale.8

De tels artistes et de tels pratiques restent cependant minoritaires (et surtout non-médiatisés), et sont des exceptions parmi une industrie musicale où la plupart défendent avidement et drastiquement leurs droits d'auteurs, mais aussi principalement leurs gains.9





1. Voir un article en ligne à ce propos.

2. Anonyme, « La Carte ou le territoire »,
in
Jeu de Paume, espace virtuel [En ligne]
http://espacevirtuel.jeudepaume.org/la-carte-ou-le-territoire-1834
Voir le site qui héberge le projet.
Voir le site du duo < stdin >.

3. John Oswald dans
Monter/Sampler : l'échantillonnage généralisé,
Éditions du Centre Pompidou, Paris, 2000

4. BEAUVAIS, Yann, et Jean-Michel, BOUHOURS,
Monter/Sampler : l'échantillonnage généralisé,
Éditions du Centre Pompidou, Paris, 2000

5. Collectif, « Copyleft », in
Wikipédia [En ligne]
http://fr.wikipedia.org/wiki/Copyleft

6. Voir « Les Appropriations à l'heure du numérique ».

7. KYROU, Ariel,
Techno Rebelle, un siècle
de musiques électroniques
, Denoël, Paris, 2002

8. Voir l'article Wikipédia (en anglais) sur cet événement.
Voir la vidéo de cet « autodafé ».

9. Voir « Le Support musical à l'heure du numérique ».



↑ haut de page


La Carte ou le territoire, Stéphanie Vilayphiou, 2012.
Le projet fait actuellement partie d'une exposition virtuelle sur le site internet
du centre d'art du Jeu de Paume.2




Symbole du principe de licence libre Copyleft, qui reprend celui du Copyright
mais en l'inversant.




Les revenus de K-Foundation brûlant devant les objectifs.