dub

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Le dub est issu du reggae jamaïcain, qu'il utilise comme base de son travail. Il s'agit à l'origine de remixages de morceaux reggae par des ingénieurs du son. En ce sens, les protagonistes du dub sont sans aucun doute les inventeurs du remix tel qu'on le pratique encore aujourd'hui.

Le genre naît en 1967, quand un ingénieur du son connu sous le nom de King Tubby, fait une erreur en pressant un disque où il oublie de graver les voix. La version instrumentale de ce morceau de reggae va alors connaître un grand succès dans les soirées.
King Tubby va alors être employé par les plus grands groupes de Jamaïque pour remixer leurs morceaux. Il commence alors à donner au sein des chansons une plus grande place au couple basse/batterie et fait disparaître et réapparaître furtivement les autres éléments, baignant le tout dans une multitude d'effets, notamment la reverb et le delay (qui ont donné son style au genre et qui sont encore utilisés aujourd'hui).
« King Tubby commence par réduire les morceaux à leur noyau rythmique, basse et batterie. Ce qui a été effacé peut alors revenir par bribes, fragments de voix, motifs de cuivres, accords de guitare en écho, distorsions. Rien n'est par là vraiment mis en avant. Ces morceaux dispersés qu'une reverb dissout après quelques secondes viennent en plus, imprévus surnuméraires. Ils se contentent d'apparaître et de disparaître, spectres tournoyant autour des parties rythmiques. »1

En 1973, King Tubby mixe Blackboard Jungle Dub, un album des Upsetters produit par Lee Perry. Ce dernier se lance ensuite lui aussi dans le mixage de dubs et devient la deuxième figure majeure du genre, ex æquo avec son précurseur.
Ce dernier s'apparente à une sorte de sorcier du dub et du studio : il plante des disques
et des bandes dans son jardin, tourne comme un derviche derrière sa table de mixage, souffle sa fumée de joint sur les bandes qui enregistrent… Il voit son studio « comme un engin spatial » où on y « entendait l'espace dans les pistes ». Il finira par y mettre le feu volontairement, détruisant par la même de nombreux secrets de matériaux, des techniques et des astuces, jamais révélés.

Le dub se développe ainsi avec les techniques de Tubby et Perry durant toutes les années 1970 (son âge d'or) et remporte un franc succès (en Jamaïque), si bien que pour la première fois, l'ingénieur du son devient aussi important que les musiciens (son nom apparaît sur les pochettes au même titre que les groupes). En effet il s'agit de la première musique où les rôles se mélangent, l'ingénieur devenant musicien et le studio devenant instrument.
« Le dub est une musique d'ingénieurs du son. En ce sens, il n'est pas, ou pas seulement, un nouveau genre musical, mais également une nouvelle pratique de la musique. […] Avec King Tubby l'opérateur devient le producteur des versions, l'artiste
du mixage et du remixage des pistes. »1
Certains évoquent même une musique faite par le studio lui-même, comme une entité autonome : « Le bon dub sonne comme le studio d'enregistrement lui-même lorsqu'il commence à halluciner. »2

Mais le dub amène également dans l'histoire des musiques électroniques populaires une importance capitale : en effaçant les voix, les ingénieurs laissent la place à de nouvelles possibilités vocales. Ainsi, lors des soirées les DJs, ou d'autres personnes, peuvent aisément parler et chanter par-dessus les dubs passés par les sound-systems. On trouve là les débuts des MCs (maîtres de cérémonie), éléments qui furent ensuite repris aux débuts du hip-hop à New York et qui donneront le rap.

Par la suite, dans les années 1980, l'utilisation d'instruments électroniques (synthés, boîtes à rythmes, samplers) devient de plus en plus courante. La musique dub devient alors jouée, elle devient un genre de musique à part entière et non plus seulement un traitement sur une musique déjà existante. Elle s'affranchit de ses référents et les ingénieurs/musiciens ne font plus forcément une version dub d'un morceau reggae
mais réalisent directement un morceau de dub.
Petit à petit, dans les années 1990, le dub s'hybride avec de nombreuses sources électroniques et on parle de novo dub. Ce courant est largement développé en France avec des groupes tels que High Tone ou EZ3kiel, qui ne cessent de repousser les mélanges et les possibilités du genre.
Mais là où ce courant a eu le plus d'influence est sans doute la drum'n bass, qui reprendra à sa façon et avec les nouvelles technologies les notions de mise en avant
du couple basse/batterie et de leur traitement, les rythmes syncopés, et surtout les basses ronflantes et vibrantes.
Enfin, elle se mêla à la techno qui lui emprunta notamment ses traitements de sons
et de textures, sa structure et ses effets, et qui devint le techno-dub (Basic Channel, Robert Hood…), précurseur de la techno minimale.





1. GALLET, Bastien, Le Boucher du prince Wen-Houei,
Musica Falsa, Paris, 2002

2. DAVIS, Erik, « Polyrythmie, cyberespace et électronique noire »,
in
Sonic Process, une nouvelle géographie des sons,
Éditions du Centre Pompidou, Paris, 2002





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